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La Banque mondiale consulte la population avant de définir son action au Burkina Faso

05 décembre 2016


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LES POINTS MARQUANTS
  • La dernière stratégie de partenariat de la Banque mondiale avec le Burkina Faso s’achèvera en décembre 2016.
  • Les équipes de l’institution ont établi un diagnostic de la situation économique et sociale sur lequel reposera sa stratégie pour les années 2017 à 2020.
  • Elles ont parcouru le pays pour présenter leurs résultats aux Burkinabè et s’assurer qu’ils correspondent à leurs attentes.

Ouagadougou, le 5 décembre 2016—Savez-vous comment la Banque mondiale définit son action dans un pays, identifie les secteurs prioritaires et choisit de financer tel ou tel projet ? Certains pensent que tout se décide au fin fond d’un bureau, au siège à Washington, loin des préoccupations réelles de la population à qui ces projets seront destinés.

Les consultations qui viennent d’être réalisées auprès des Burkinabè par les équipes de la Banque mondiale, prouvent le contraire et constituent une étape préalable incontournable à l’élaboration de tout nouveau cadre de partenariat  de la Banque mondiale avec un pays.  

Alors que sa dernière stratégie de partenariat avec le Burkina Faso s’achèvera en décembre 2016, les experts de l’institution ont évalué la situation économique et sociale du pays qu’ils ont présenté aux différents acteurs socio-professionnels afin d’identifier les domaines prioritaires en matière de développement et de déterminer leur  action pour la période  2017 à 2020. Économistes et spécialistes ont ainsi dressé au peigne fin un état des lieux de  tous les secteurs, notamment celui des infrastructures (par exemple de transports ou urbaines), du capital humain (éducation, santé, eau et assainissement, protection sociale, emploi etc.), de l’agriculture ou encore celui des technologies de l’information et de la communication (TIC).

Dans le jargon de la Banque, les résultats de cette analyse sont regroupés dans un document intitulé Diagnostic-pays systémique (plus connu sous l’acronyme anglais SCD). Ils sont ensuite discutés et complétés au cours de consultations avec la population et les autorités du pays avant de servir de socle à la stratégie de partenariat de l’institution qui accompagnera la politique de développement burkinabè.

Ces consultations qui ont débuté le 5 septembre dernier ont duré plus de deux mois. Le représentant résident de la Banque mondiale au Burkina Faso, Cheick Kanté accompagné d’une vingtaine de spécialistes ont ainsi sillonné l’est, le centre du pays ainsi que les régions de la Boucle du Mouhoun et des Hauts-Bassins en se concentrant sur les zones qui connaissent des situations atypiques en matière de pauvreté. La ville de Fada N’gourma par exemple, détient le record de fécondité du pays avec six enfants par femme. Dans les gouvernorats, les mairies ou parfois même dans les lieux de cultes pour s’assurer de rassembler un maximum de personnes dans les petites collectivités aux capacités réduites, l’équipe a présenté ses premières conclusions à un vaste échantillon d’acteurs du secteur privé formel (regroupés au sein de la Chambre de commerce et d’industrie) et informel (centralisés par l’Association des commerçants du Burkina Faso), de membres de la société civile, des groupes de jeunes , de  femmes, des personnes vulnérables ainsi qu’aux autres partenaires techniques et financiers.

Le but de ces consultations était de recueillir leurs commentaires, comprendre leurs attentes et de s’assurer de la pertinence des objectifs de la Banque. Dans l’ensemble, elles ont confirmé les priorités identifiées par les experts notamment les deux principales : créer plus d’emplois productifs dans le secteur agricole et élargir l’accès aux services sociaux et infrastructures de base à l’ensemble du pays.

Certains groupes ont parfois formulé des propositions. Les femmes par exemples, ont fait part de leurs difficultés à développer leur activité agricole du fait du manque d’accès aux financements et au foncier. Les garanties exigées par les banques sont souvent impossibles à fournir, à commencer par les titres fonciers dans un pays où les mœurs refusent souvent aux femmes de posséder de la terre. Et dans les rares cas où les banques leurs accordent un prêt, les taux d’intérêt appliqués peuvent être trois fois plus élevés que ceux accordés aux entreprises (de 18 à 22 % pour les particuliers contre 7 % pour les entreprises). Même son de cloche chez les jeunes qui ont du mal à créer leur entreprise. Les agriculteurs ont également soulevé le problème du manque de capacités techniques pour intensifier leur production agricole et celui de la disponibilité de l’eau en dehors de la saison des pluies afin d’avoir le même rendement tout au long de l’année et d’être ainsi moins vulnérables aux aléas climatiques.

L’amélioration du climat des affaires, de la gouvernance et de la sécurité, ainsi que l’adaptation au changement climatique, l’accélération de la transition démographique, l’intégration régionale et la stabilité macroéconomique étaient également à l’ordre du jour.

Un atelier de travail animé par le directeur des opérations, Pierre Laporte et le premier ministre Paul Kaba Thiéba, a par ailleurs été organisé avec le gouvernement pour aligner ce diagnostic sur la nouvelle stratégie de développement du pays (Programme national de développement économique et social  - PNDES) adoptée en juillet 2016.

Pour mettre en œuvre ce plan ambitieux, le pays aura besoin de 15 000 milliards de francs CFA. 63 % (9 800 milliards de francs CFA) seront financés par le budget de l'État. Le gouvernement burkinabè a demandé au Groupe de la Banque mondiale de l’aider à organiser la conférence internationale des partenaires du Burkina Faso qui aura lieu les 7 et 8 décembre 2016 afin de mobiliser les 36,2% manquants (5 000  milliards de francs CFA).

Le  diagnostic a été également présenté aux députés, aux chefs coutumiers ainsi qu’à la presse.

Le SCD  sera enfin soumis au Conseil des administrateurs (représentant tous les pays membres de l’institution) de la Banque mondiale en décembre 2016.

Ainsi commence le cycle des projets de la Banque mondiale pour réduire la pauvreté et favoriser une croissance économique plus équitable au Burkina Faso.

Quelques spécificités régionales

Voici un résumé des priorités abordées au cours des échanges avec les groupes consultés par les équipes de la Banque mondiale dans les 6 régions :

  • Est : sécurité, élevage et renforcement des capacités
  • Centre : civisme, reconversion des diplômés
  • Centre nord : infrastructures hydro-agricoles et renforcement des capacités
  • Centre-ouest : infrastructures de base + financement+ et renforcement des capacités
  • Boucle du Mouhoun : transformation- conservation - commercialisation
  • Haut bassins : sécurité foncière – industrialisation - secteur informel.